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"L’enfant qui l’accompagnait, André Verlaine, âgé de 14 ans, fut tué sur le coup"

Abbé Grégoire, curé d'Yvoir

Le curé d’Yvoir, l’abbé Grégoire se souvient de la journée du 23 août et de la terrible nuit qui s’en suivit dans sa paroisse : « Pendant cette nuit, des scènes de pillage et de brutalité se passaient dans tous les quartiers du village. (…). Femmes et enfants se tinrent cachés, le mieux qu’ils purent, par petits groupes, abandonnant tout à la soldatesque. On entendait parfois, dans la nuit, des cris de gens affolés : quand les soldats découvraient un groupe, ils les chassaient, les invectivaient, les bousculaient. Beaucoup ont été mêlés aux scènes des incendies et des massacres ; d’autres ont essuyé des coups de feu ; d’autres ont perdu la vie. Les premières victimes du village furent Joseph Deltombe, fermier, âgé de 62 ans et son vieux domestique, originaire d’Anseremme, Félix Barbier, âgé de 66 ans. (…) Dès le samedi soir, les Allemands s’emparèrent des malheureuses victimes et les lièrent à des chaises, tout en les menaçant de la mort, « parce qu’ils avaient reçu des Français ». Leur torture dura jusqu’au 23, à 16 heures : à ce moment, leurs bourreaux leur lièrent violemment les mains ensemble et les fusillèrent tous deux contre le mur de la ferme, à laquelle ils mirent le feu. Le 23, vers 18 heures, Camille Gilles, chef d’équipe à la Compagnie du Nord, âgé de 52 ans, quitta sa maison pour aller passer la nuit dans une maison voisine. Un soldat, placé près d’une pompe publique, tira sur lui ; il tomba raide mort sur le trottoir. Peu de temps après, vers 19 heures, Clémence Mahiant, épouse de Joseph Verlaine, âgée de 40 ans, demeurant près du pont, informée, par erreur, que « les Allemands allaient bombarder la gare et qu’il fallait fuir », voulut gagner le centre du village pour y être en sûreté. Lorsqu’elle fut arrivée à proximité de la gare, des soldats tirèrent : l’enfant qui l’accompagnait, André Verlaine, âgé de 14 ans, fut tué sur le coup ; un autre garçon fut blessé au bras et put s’enfuir. Le mari, qui suivait à peu de distance, parvint aussi à s’échapper par une impasse. Quant à la pauvre mère, elle tomba, l’épaule broyée par une balle ; elle passa la nuit, poussant des cris de douleur, à côté du cadavre de son fils tandis que des troupes passaient et repassaient devant elle sans lui témoigner la moindre compassion. Elle n’expira que le lendemain à 3 heures du matin. Enfin, le 23, à 19h30, Joseph Fivet, âgé de 49 ans, ouvrier carrier, qui s’était caché durant le jour « au Blacet » aux environs de sa maison, derrière un rocher et dans les broussailles, n’apercevant plus de soldats, voulut gagner « le Rhedeau » avec sa femme et son fils. Il était à peine sorti qu’un soldat, posté sur la hauteur, tira et l’abattit sous les yeux des siens ». 

(Témoignage recueilli par le Chanoine Schmitz et Dom N. Nieuwland dans le cadre de leur collection de Documents pour servir à l'histoire de l'invasion allemande dans les provinces de Namur et de Luxembourg)

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