Skip to content
"Leurs bourreaux nous ont obligés à regarder ce spectacle affreux et ils nous font repasser devant les cadavres"

Caroline Collet de Namur

 

Lors de l’entrée des Allemands à Namur, plusieurs civils sont fusillés. C’est le cas du père de Caroline Collet qui raconte : « (…) Le 24 août, la journée se passe pour nous relativement calme. Vers 9 heures du soir, nous nous décidons à passer la nuit tous ensemble, dans une pièce du rez-de-chaussée. (…) Depuis dix minutes, nous entendions une pétarade dont le bruit augmentait toujours (…). Nous nous disposons alors à descendre à la cave, pensant y être plus en sûreté, quand une cinquantaine de soldats entrent précipitamment dans la maison (…). Ils nous font lever les bras, parlent, gesticulent d’un air farouche. « Vous tirez ! Nous, vous fusiller !... ». Tels sont les mots que nous pouvons seuls comprendre. Nous jurons tous que nous n’avons pas tiré, ils ne veulent rien entendre. Notre pauvre père nous regarde alors toutes deux et dit tristement : « Mes pauvres enfants, nous sommes à notre dernier moment ! ». (…) Pendant ce temps, des soldats, avides de sang et de carnage, brisent le volet et la vitrine, lancent le feu dans la maison par les ouvertures ainsi pratiquées. Ils nous font sortir alors, les mains levées, entre deux rangées de soldats. (…). Ils nous tiennent tous les sept collés au mur et nous montrent, avec une haine farouche, notre maison en feu. L’officier qui commande toutes ces horreurs nous parle en allemand d’un air féroce, puis il nous dit en français : « Vous tirez !... Nous, vous fusiller et saccager tout ! ». (…). M. et Mme Decool se font leurs adieux à haute voix, en pleurant. M. Larivière regarde sa jeune femme qui attend un bébé sous peu. Loin d’être émus, ces hommes rient de nous et l’un d’eux donne, avec violence, des coups dans la poitrine de mon malheureux père. On amène M. Hennaut, son fils et son locataire, M. Pierrard. Au moment où nous arrivons sur le trottoir opposé, les soldats séparent les hommes des femmes et alignent les hommes contre le mur, à trois ou quatre mètres de nous. (…) Des soldats, un pour chaque homme, se placent en bas du trottoir et tirent une fois, puis une seconde. Les malheureux innocents ne sont plus ! Leurs bourreaux nous ont obligés à regarder ce spectacle affreux et ils nous font repasser devant les cadavres ». 

(Témoignage recueilli par le Chanoine Schmitz et Dom N. Nieuwland dans le cadre de leur collection de Documents pour servir à l'histoire de l'invasion allemande dans les provinces de Namur et de Luxembourg)

© 2011-2018 Ambiances asbl - Crédits - Bibliographie - Contact - f / t / g+