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"Je fus renversée par les cadavres de mon frère et de ma belle-sœur qui tombèrent sur moi"

Félicie Bétemps, de Neffe

Félicie Bétemps est une survivante de la fusillade perpétrée par les Allemands non loin du Rocher Bayard, le long du mur de la propriété Bourdon. Félicie appartient au groupe de prisonniers emmenés par les Allemands de Neffe jusque de l’autre côté de la rive afin de rejoindre un groupe de civils rassemblés devant le mur Bourbon et ainsi partager le triste sort que ceux-ci. Elle raconte : « Le dimanche 23 août, ma famille et trois familles voisines se trouvaient réunies dans la cave de notre maison, située à Neffe, en face du Rocher Bayard ». (…) Un quart d’heure se passe dans une attente mortelle, lorsque tout à coup retentissent des coups violents frappés contre la porte. « Ce sont eux, dit mon frère, restez bien cachés, je vais ouvrir ». Il n’avait pas achevé de tirer les verrous que la porte était enfoncée et deux soldats entrent violemment en hurlant. Nous sortons tous en levant les bras. D’autres soldats procédaient à la même manœuvre chez nos voisins, de sorte que nous voilà bientôt réunis une cinquantaine de personnes environ. On nous mène, en nous forçant à tenir toujours les bras levés, un peu plus en amont, juste en face du pont de bateaux que les Allemands commençaient à construire ». Là, Félicie et les siens embarquent dans une barquette en direction de l’autre côté de la rive.

« Débarqués sur l’autre rive, nous nous trouvons entourés d’une foule compacte de soldats allemands qui nous dévisagent et se moquent de nous. (…) On nous joint à un groupe d’habitants des Rivages qui se trouvaient devant la maison de M. Bourdon. A ce moment, un grand officier est venue nous harranguer et nous a dit en substance : « Vous tous, francs-tireurs, et tous vous avez tiré sur nos soldats. Si les Français tirent encore une seule fois, tous sans exception, hommes, femmes et enfants, vous serez tués ! ». (…) C’est à ce moment qu’arriva la barque chargée du second groupe des prisonniers de Neffe, une vingtaine de personnes (…). En face de notre groupe, vingt à vingt-cinq soldats étaient rangés, le fusil braqué sur nous, prêts à tirer. Un officier, toujours le même, revolver au poing, nous donna l’ordre de nous mettre à genoux, puis, s’écartant quelque peu, il cria d’une voix sèche : « Feu ! ». Je ne m’étais pas mise aussitôt à genoux, et je fus renversé par les cadavres de mon frère et de ma belle-sœur qui tombèrent sur moi. Tous deux, ainsi que leur enfant, avaient été tués sur le coup. (…) Je n’étais pas blessée mais il était impossible de faire le moindre mouvement. J’entendis encore plusieurs coups de feu, puis je sentis du sang couler en abondance sur ma figure. Je parvins à grande peine à soulever la tête qui reposait sur mon épaule. Je reconnus celle de mon frère. (…). De ma main droite, je serrais toujours encore la main de ma mère. (…) Pas le moindre mouvement ne répondit à mon étreinte. Elle aussi était morte ! C’est alors seulement que la réalité se fit jour à mes yeux. (…) Sur ces entrefaites, la nuit était tombée. Que faire ? Demeurer en silence au milieu des morts ou révéler ma présence par des cris ? La première alternative était plus sûre, mais le poids des cadavres était tel que je me demandais si je pourrais longtemps encore demeurer dans une telle position ; (…) Je me mis à prier ». Félicie Bétemps sera finalement découverte par des soldats allemands qui l’emmenèrent de maisons en maisons. Elle ne reçut des soins que bien plus tard dans la nuit par d’autres prisonniers rescapés de la fusillade. Elle sera ensuite conduite à l’ambulance établie à Neffe où elle y fut soignée pendant quinze jours et résida ensuite encore trois mois à l’hôpital de Dinant. 

(Témoignage recueilli par le Chanoine Schmitz et Dom N. Nieuwland dans le cadre de leur collection de Documents pour servir à l'histoire de l'invasion allemande dans les provinces de Namur et de Luxembourg)

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