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"Nous entendîmes les vitres voler en éclats et un vacarme épouvantable"

M. Philippart, négociant de la Grand-Place de Namur

La journée du 24 août a marqué les mémoires de nombreux négociants de la Grand-Place (aujourd’hui, Place d’Armes) qui vécurent pendant des heures l’incendie de leur habitation après avoir d’abord subi un lourd bombardement durant la journée du 23 août. C’est ce dont se souvient, M. Philippart, négociant de la Grand-Place : « (…) Entre 5 et 6 heures, des obus en tombant sur la place sont venus terrifier tout le monde. Ce fut un sauve-qui-peut de civils et de soldats ; un nuage noir s’éleva jusqu’aux toits ; on entendit des bris de glace, les cris des blessés (…) La nuit se passa dans l’angoisse. Vers le matin, (…) les magasins recommencèrent à être envahis ; quelques soldats achètent, d’autres prennent tout ce qui se trouvent à leur portée ; d’autres enfin ne veulent payer que la moitié de ce qu’ils enlèvent. (…) Lorsque vers 10 heures nous descendîmes les volets, (…), nous entendîmes les vitres voler en éclats et un vacarme épouvantable, tant on tirait de tous côtés à la fois. Nous descendîmes précipitamment dans la cave, où les balles sifflaient contre la muraille ; quand tout fut un peu calmé, nous remontâmes et aperçûmes les magasins des Galeries en flammes. (…) Les soldats se ruaient contre nos volets comme de vrais sauvages. Nous redescendons donc dans la cave (…). Nuit atroce : nous voyons à travers le soupirail des flammes s’élevant dans le ciel et nous entendons le tocsin sonnant sans relâche et en plus, la crainte de voir les Allemands descendre près de nous (…) Vers 2 heures du matin, nous avons vu tomber à nos pieds l’escalier du premier étage ; ce n’est qu’alors que nous avions su que la maison brûlait aussi. (…) Nous essayâmes alors de nous frayer un passage et d’appeler du secours, mais en vain, personne ne nous entendait ou ne voulait nous entendre. (…) Il était 4h30 du matin quand les pompiers et les soldats, à l’aide d’une barre de fer, cassèrent le soupirail, descendirent une échelle et nous délivrèrent. Une demi-heure après, la maison s’écroulait ». 

(Témoignage recueilli par le Chanoine Schmitz et Dom N. Nieuwland dans le cadre de leur collection de Documents pour servir à l'histoire de l'invasion allemande dans les provinces de Namur et de Luxembourg)

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