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"Un cri d’effroi s’élève, dominant le bruit de la bataille"

Père Adrien Borrelly, prieur de l’Abbaye des Prémontrés de Leffe

Le Père Adrien Borrelly, prieur de l’Abbaye des Prémontrés de Leffe, rapporte comment, le 23 août, il a pu être le témoin du massacre de dizaines de civils dans l’enceinte même de l’abbaye : « Le 23 août, vers 7 heures du matin, les soldats allemands arrivèrent sur la place de l’abbaye. Brisant les portes et pénétrant ainsi de force dans les maisons, ils en chassaient les habitants qu’ils nous amenèrent par groupes en les terrorisant et en les obligeant de tenir les bras levés. (…) Vers 9 heures, le cloître abritait déjà plus de trois cents personnes affolées. (…) Quelque temps après, il pouvait être environ 10 heures, un officier vint dans le cloître et donna ordre de rassembler tous les hommes. Les religieux, persuadés qu’il s’agissait d’un appel, d’un contrôle quelconque ou d’avis à recevoir, voire même de travaux à exécuter, recherchèrent tous les hommes dispersés dans la maison et les engagèrent à se grouper près de l’officier. (…) Tous les hommes défilèrent alors devant lui : ils étaient quarante-trois. (…) Un cri d’effroi s’élève, dominant le bruit de la bataille. Il est poussé par ces quarante-trois hommes et en même temps des coups de fusil retentissent en feu de peloton. C’en est fait. Tous sont tués sur la place de l’Abbaye, en face du mur blanc de la maison Servais. (…) Pendant toute la matinée, arrivent à l’Abbaye des groupes de deux, trois, quatre personnes et plus encore, mais cette fois composés uniquement de femmes et d’enfants. (…) Un peu après l’exécution du premier groupe d’hommes, un enfant de 13 à 14 ans, portant le costume de boy-scout allemand, arrive dans la cour de l’Abbaye en criant : « On tire des fenêtres du couvent sur les soldats ! ». Ce vulgaire mensonge excite la colère des officiers et des soldats et malgré les protestations énergiques du Révérendissime Père Abbé et de tous les religieux, l’Abbaye fut considérée comme un repaire de francs-tireurs ». 

(Témoignage recueilli par le Chanoine Schmitz et Dom N. Nieuwland dans le cadre de leur collection de Documents pour servir à l'histoire de l'invasion allemande dans les provinces de Namur et de Luxembourg)

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