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"Nous apercevons quatre femmes tapies dans un fossé"

Pierre Martin, garde-champêtre de Spontin

 

Le 23 août est un jour tragique pour Spontin comme pour de nombreux autres villages voisins. Pierre Martin, garde-champêtre de Spontin raconte comment 25 civils ont été tuées ou carbonisées par les troupes allemandes ce jour de la fin du mois d’août : «  (…) Tout à coup, la ferme Doneux est envahie par des femmes et des enfants qui nous poussent des cris déchirants. Pélagie Maillen est tout affolée : « Sauvez-vous ! nous dit-elle. Ils viennent de tuer mon mari ! ». C’est Auguste Golinvaux, 42 ans ; il fuyait avec elle, des soldats tirèrent sur lui. Nous allions aussi fuir, quand arrivent des soldats, pareils à des lions furieux : ils nous fouillent, puis nous font rentrer. (…). C’est vers 7h30 que nous voyons les premières flammes sortir de l’église, en commençant par la sacristie. A 8h45, un troisième groupe de soldats nous emmène. À ce moment accourt Louise Linchant dont le mari, Prosper Fondaire, 61 ans et le fils, Louis, 29 ans, viennent d’être tués dans le cimetière. ( …). Les soldats nous entraînent alors vers Sovet. Nous apercevons quatre femmes tapies dans un fossé : je reconnais la veuve Auguste Enuzet, âgée de 93 ans et Pauline Deloge, âgée de 76 ans. (…) À 17h30, les femmes et les enfants nous font leurs adieux et sont conduits au château. Bientôt après, les soldats nous font reprendre le chemin de Spontin. En traversant le village, nous apercevons plusieurs cadavres. (…) Virginie Mine (…) qui a été tuée en fuyant Durnal. (…) Joseph Remy (…) qui a aussi été visé dans sa fuite (…). Jean Lefevre (…) qui a été atteint de deux coups de feu et a eu une très longue agonie. Quand nous passons, il pousse encore des cris et tel est notre effroi que personne n’ose lui porter secours. (…) Théophile Marchal (…) qui fût abattu à l’entrée d’une pâture. Nous gagnons ensuite Durnal, où nous passons la nuit. Le 24 août, les soldats nous mènent à Dorinne, où nous assistons à l’exécution de huit des nôtres ; puis, nous regagnons Spontin. (…) Nous apercevons (…) le cadavre d’une femme de 76 ans, Virginie Dewez (…). La veille, elle a voulu fuir dans le bois ; elle est entrée dans cette maison, où un soldat est venu la tuer. Au centre du village, (…) gît le cadavre de Firmin Denis (…). Il s’était réfugié dans la cave de la coopérative ; des soldats vinrent l’arracher aux bras de sa sœur, lui lièrent les mains derrière le dos et le tuèrent un peu plus loin à bout portant. La décharge lui enleva la cervelle (…). ». Et la liste des victimes est encore longue…

(Témoignage recueilli par le Chanoine Schmitz et Dom N. Nieuwland dans le cadre de leur collection de Documents pour servir à l'histoire de l'invasion allemande dans les provinces de Namur et de Luxembourg)

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