Skip to content
"J'ai eu le poumon transpercé"

Valentine Mauguit, survivante d'un massacre perpétré par les Allemands à Hautebise

 

Le 20 août, dans le contexte du chaos produit par des coups de feux retentissant à Seilles qui provoquent la panique des Allemands cantonnés à Andenne, de nombreux récits de massacres ont été rapportés. Valentine Mauguit, une survivante de 12 ans d’un tel massacre commis à Hautebise, hameau d’Andenne, fait part de ses souvenirs de cette journée du 20 août : (…) « Nous avons entendu des coups de fusil du côté de Seilles. (…) Nous étions là : Tante Marie et son mari, Louis Mélot ; maman, veuve Félicie Mauguit ; mon cousin Joseph Mélot et sa femme Hélène Oger ; Marie-Thérèse et moi. Cinq soldats viennent nous chercher dans l’écurie et nous conduisent sur la porte. (…). Un officier (…) nous fait mettre en rang dans le fossé en face de la maison. Les soldats nous disaient que c’était pour attendre les gens d’Hautebise. (…) Les hommes d’Hautebise arrivèrent près de nous. C’étaient Jules et Joseph Cousin, Félix et Alexis Hubeaux, Ernest Hubeaux et Dieudonné Bouchat. Ils étaient liés ensemble, les mains derrière le dos. L’officier nous fait entrer dans la colonne, devant les hommes d’Hautebise. Nous recevons des coups de poings et des coups de crosse ». Plusieurs personnes vont ainsi rejoindre cette colonne humaine. C’est le cas de Florent Hubeaux, son épouse, Adèle Mauguit et leur nièce, Ida Mauguit. D’autres vont essayer d’en fuir, mais cela provoque la fureur des Allemands qui tirent sur cette colonne humaine et touche la jeune Ida Mauguit. La colonne est enfin conduite dans la propriété des Winand. « Aussitôt, un officier qui passait avec son régiment, sortit des rangs et cria : « Vous, tous fusillés ! ». Tandis que les soldats, six ou sept mettent baïonnette au canon, l’officier d’un coup de revolver, enlève le front et la cervelle de maman. Les soldats tirent sur nous. Nous tombons tous et l’officier leur crie de nous achever à la baionnette. Florent Hubeaux et sa femme ne bougent plus. Joseph Mélot est blessé dans le dos, Hélène dans les reins. J’ai eu le poumon transpercé. Marie-Thérèse a été blessée au genou gauche. Tante Marie tombe sur son mari. Les autres hommes, à l’exception de mon oncle Louis, ont été tués de suite. Durant la nuit, afin de s’assurer que nous étions tous bien morts, des soldats viennent nous remuer et nous tenir la lumière électrique devant les yeux, mais nous faisons le mort. (…). Au petit jour, mon oncle se sauve ; il voulait prendre avec lui tante Marie mais celle-ci incapable de bouger, nous a dit de retourner avec lui. J’ai voulu me relever mais je suis retombée. Marie-Thérèse a dit qu’elle ne saurait pas marcher. Vers quatre heures, on vient achever tante Marie à coups de revolver (…). Deux ou trois civils sont alors remontés. Mon cousin (Joseph Mélot) leur a dit qui il était. Ils nous ont transportés (…) et nous ont donné à boire. Nous étions : Joseph Mélot et sa femme (Hélène Oger), ma sœur Marie-Thérèse et moi ». 

(Témoignage recueilli par le Chanoine Schmitz et Dom N. Nieuwland dans le cadre de leur collection de Documents pour servir à l'histoire de l'invasion allemande dans les provinces de Namur et de Luxembourg)

© 2011-2018 Ambiances asbl - Crédits - Bibliographie - Contact - f / t / g+